| Religions en Chine : Confucianisme, Taoïsme, Bouddhisme |
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| Écrit par Aline Sombat | |
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La religion paysanne de l'Antiquité, dite aussi religion agraire, se préoccupe avant tout de la vie et du bien-être de la communauté villageoise. Le centre de cette communauté est le dieu du sol, she, matérialisé par un tertre, un arbre ou une pierre dressée. C'est à ce dieu qu'on annonce tous les événements survenant dans la communauté, les phases des travaux agricoles, l'ouverture et la fermeture des périodes de fête. On lui offre les prémices et on le nourrit de sacrifices. Chaque groupe de villages liés entre eux par des relations d'intermariage possède en outre sur son territoire un "lieu saint" où s'y tiennent notamment les fêtes des saisons intermédiaires, printemps et automne, début des semailles et fin des moissons. Ce sont les moments cruciaux de la vie sociale et religieuse paysanne. S'y déroulent, en automne, des orgies, des échanges de toutes sortes car ce sont aussi des marchés, et, surtout, au printemps, des joutes d'amour sous forme d'échanges d'épigrammes, de chansons, de plaisanteries, de jeux et compétitions diverses entre jeunes gens et jeunes filles à marier de villages différents, fait d'autant plus remarquable que la séparation des sexes est de règle en temps ordinaire. Elles se terminent par des unions dans la campagne, avant mariage. Les "Trois religions" traditionnellement reconnues en Chine : le confucianisme, le taoïsme, et le bouddhisme. À partir du XIIIe siècle environ, la vie religieuse des Chinois est dominée par une synthèse intellectuelle des Trois religions : la religion syncrétique. Il s'agit au départ (env. VIe siècle avant J.-C.) d'une critique de la religion paysanne de l'Antiquité, de ses pratiques sexuelles et des ses superstitions. Le confucianisme n'a pas de prêtres, et il réfute le surnaturel et l'Au-delà. Le but du confucianisme est de créer une morale politique : il prône les rites comme moyen, à l'intérieur d'une société, d'échapper à la violence et au règne du plus fort. Il crée une doctrine étatique capable, mieux que le recours aux seuls châtiments et récompenses, de fonder un pouvoir en s'appuyant sur autre chose que la force. Les vertus cardinales de ce confucianisme d'État sont le dévouement au pays et la piété filiale. S'il n'est pas une religion au sens courant du terme, le confucianisme n'est pas non plus une philosophie, puisqu'il admet une cosmologie : le Ciel, avec sa bureaucratie céleste, image idéale que la Terre et sa bureaucratie terrestre doivent s'efforcer de refléter, et puisqu'il admet des pratiques divinatoires fondées sur les diagrammes du Livre des mutations (Yi jing). « Les rites ont trois fondements : le Ciel et la Terre sont le fondement de l'engendrement, les ancêtres le fondement de l'espèce, les souverains et les maîtres le fondement de l'ordre. Sans le Ciel et la Terre, comment l'homme serait-il engendré ? Sans les ancêtres, d'où descendrait-il ? Sans souverain ni maître, comment concevoir l'ordre ? Si un seul de ces trois éléments manquait, il n'y aurait pour l'homme aucun point fixe. Or, par les rites, il sert en haut le Ciel, en bas la Terre, il honore ses ancêtres et exalte son souverain et son maître : tels sont les trois fondements des rites. » Le confucianisme est religion d'État à toutes les époques qui nous intéressent ; et de façon exclusive à partir du XIVe siècle ("néo-confucianisme"). Zhu Yuanzhang, le fondateur de la dynastie Ming, outre à accorder une très grande importance au ritualisme, supprime le culte d'un grand nombre de divinités qui avaient été adorées par les dynasties précédentes. Il essaie de retirer toutes les influences taoïques de la religion d'État, et privilégie, de manière exclusive, le culte de Confucius et le culte des ancêtres. Le taoïsme, d’origine chinoise, a une histoire de 1700 ans dans le pays. Il apparaît en même temps que le confucianisme. Il constitue l'une des religions indigènes et puise ses doctrines dans des traditions anciennes comme Huang-Lao, une tradition très connue après Huang Di (Empereur Jaune) et Lao Tzu. Il est pratiqué par ses pratiquants à partir de la dynastie des Han de l'ouest (206 av. J.C - 24 apr. J.C.). Contrairement au Confucianisme, le Taoïsme organise et codifie les anciennes croyances populaires, mettant en exergue le pèlerinage aux montagnes sacrées, la recherche de l'immortalité, les randonnées extatiques dans les régions paradisiaques. Là où le confucianisme fait l'éloge de la société, le taoïsme fait celui de l'individu. Là où le confucianisme fait l'éloge du rationalisme, le taoïsme fait celui de l'évasion mystique. C'est le taoïsme qui codifie les notions de yin et de yang, de cinq éléments, de correspondances subtiles, essentiellement pour les pratiques magiques taoïque. Selon le taoïsme, les dieux gouvernent et contrôlent tout dans l'univers. Parmi les dieux selon le taoïsme, le dieu de l'Origine primaire, celui de Jade sacrée, et celui de la Voie de la puissance (Lao Tzu) sont considérés comme les dieux suprêmes. Nombreux sont les temples taoïstes qui furent construits dans des montagnes où, selon la tradition, les êtres célestes habitent et où les anciens taoïstes pratiquaient l'austérité et devenaient immortels. A ce jour, il existe encore plus de 1600 temples taoïstes dans le pays où vivent plus de 25000 prêtres et nonnes de cette religion. L'association des Taoïstes de Chine, fondée en 1957 à Beijing, est l'organisation nationale de cette religion dirigée par Min Zhiting, son président. L'organisation a l'ambition de faire perdurer et développer la culture taoïste. Une douzaine de livres classiques taoïstes a été publié et compile plus de 30 livres sur le taoïsme et édite une série d'ouvrages sur la culture de cette religion. Selon les époques et les empereurs, le taoïsme est encouragé ou réprimé par le gouvernement central. Cela explique que les taoïstes préfèrent s'isoler dans des lieux inaccessibles afin de se mettre à l'abri des aléas de la politique. Si la figure du taoïste isolé et un peu fou se battant contre les vampires, dans le film Histoires de fantômes chinois, peut être retenue comme archétype, certaines époques (par ex. la fin des Tang) ont vu la construction de monastères mixtes subventionnés par l'État.
Le Bouddhisme Le bouddhisme fut introduit en Chine au premier siècle de notre ère, il se répandit assez largement à partir du quatrième siècle et devint peu à peu la religion la plus influente. Actuellement, on dénombre 13 000 temples bouddhiques abritant 200 000 bonzes et bonzesses, dont 120 000 lamas et 1 700 bouddhas vivants dans 3 000 lamaseries de bouddhisme tibétain, et une dizaine de milliers de bhikkhus et de moines vertueux dans 1 600 monastères de bouddhisme pali. Comme toutes les religions étrangères, le bouddhisme a pénétré en Chine par la route de la soie. Ses débuts officiels datent de l'arrivée en 67 de deux moines à la capitale, Luoyang. La légende prétendra que le roi Ming des Han aurait été averti de leur arrivée en voyant le bouddha en rêve. Il fit en tout cas bâtir en 68 à Luoyang le Temple du cheval blanc (Baimasi 白馬寺), qui devint le premier centre chinois d'études bouddhiques. Un siècle plus tard, An shi gao, moine parthe, y vint pour entamer un travail de traduction systématique des soutras, en commençant par le Sutra en quarante-deux sections (Sishierzhangjing 四十二章經), que la légende prétend rapporté d'Afghanistan sous les Han par des envoyés de l'empereur. Le bouddhisme gagna peu à peu du terrain, mais resta longtemps considéré comme une religion étrangère. Le célibat monastique, inconnu jusque là, fut souvent critiqué par les confucéens comme gaspillage de ressources humaines. Le bouddhisme s'adaptera en présentant la pratique religieuse comme bénéficiant non seulement à l'individu, mais aussi à ses parents et ancêtres, ainsi qu'à la société en général. A la chute des Han, il profita, tout comme les écoles taoïstes, de la division de l'empire qui se prolongea jusqu'à la fin du VIe siècle. Le monopole confucéen sur l'idéologie officielle fut affaibli, surtout dans les royaumes du Nord où la classe dirigeante était souvent ethniquement et culturellement mixte. Moins bien implanté que le taoïsme autochtone, le bouddhisme avait sur lui l'avantage d'être plus structuré (monastères, diffusion organisée de l'idéologie), alors que le taoïsme était constitué d'un grand nombre d'écoles indépendantes. Cela lui permit de devenir une vraie puissance institutionnelle et financière (grands monastères). Il fut choisi comme religion officielle par certains empereurs, dont le premier fut Wu des Liang du Sud. Néanmoins, son succès finit par lui porter préjudice quand les empereurs s’offusquèrent de la richesse de certains établissements religieux (persécutions aux VIe et VIIe siècle, et en 845). Il y eut beaucoup de contacts et d'échanges entre le taoïsme et le bouddhisme, mais la rivalité entre les écoles grandit avec les efforts que fit la première pour se structurer à la bouddhiste (grands centres d'études, monastères). Le bouddhisme eut une grande influence sur la vision de l'au-delà de tous les courants religieux. Il définit, en intégrant des éléments taoïstes, une image claire du destin après la mort et indiqua des voies de salut. Des rites bouddhistes sont souvent associés aux cérémonies funéraires, même par des gens qui ne se définissent pas comme appartenant à cette religion. De nombreux moines vinrent des régions de l'Ouest jusqu'en Chine au Ve siècle. Le plus célèbre, le kouchanais Kumarajiva, obtint le patronage des Qin postérieurs ; ses traductions font encore autorité de nos jours. Les premiers textes traduits par An Shi Gao appartenaient au courant theravada, mais c'est le mahâyâna qui s'épanouit en Chine, avec la naissance d'écoles très influentes qui portèrent le bouddhisme jusqu'au Japon et en Corée. Les plus importantes sont : Tiantai, qui n'existe plus formellement mais dont l'influence subsiste ; Terre Pure et Chan (Zen), qui comptent de très nombreux adeptes. Les écoles bouddhistes "authentiques" jouissent de nos jours d'un prestige grandissant, dû à l'image internationale favorable de cette religion et à l'élévation du niveau d'éducation, qui met l'étude des soutras à la portée d'un plus grand nombre de fidèles. Le bouddhisme vajrayâna tibétain, déjà en faveur à la cour des Qing, est également très en vogue. Les nouvelles religions syncrétistes font une part importante à l'élément bouddhiste. Le bouddhisme influença de manière importante l'art. A Leshan dans le Sichuan se trouve la plus grande effigie de bouddha du monde, datant des Tang. Le plus vieil exemple d'imprimerie en Chine (sans caractères mobiles) est un Soutra du diamant datant de 868. Il est appelé globalement "Ecole du Bouddha" (fojiao 佛教), fo étant la transcription phonétique de "bouddha" ; chaque école a son nom propre.
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